Feu Follet et les Étoiles Cachées
Le conte de Léo

✦ Contes Pansements ✦
C'est l'heure du dodo. La chambre de Léo est douce. Elle est chaude. Elle est belle. Les murs sont couleur miel. La couverture est couleur soleil. Et tout sent bon — la lavande, les biscuits du goûter, le linge propre plié par maman. Léo est là, dans son grand lit moelleux. Ses orteils touchent le tissu tout doux des draps. C'est comme marcher sur un nuage. Un nuage qui sent la vanille. Contre lui, bien serré dans ses bras, il y a Feu Follet. Feu Follet est un renard. Un petit renard orange, orange comme une mandarine, orange comme les braises d'un feu qui chauffe sans jamais brûler. Il a le museau fin, les oreilles pointues, et une queue touffue qui chatouille le menton de Léo quand il le serre très fort. Léo l'aime. Léo l'aime vraiment, vraiment beaucoup. dehors, le vent souffle doucement dans les feuilles des arbres. Chuuuut. Chuuuut. C'est comme une berceuse que la nuit chante pour les enfants. Au loin, très loin, on entend un ronronnement doux — peut-être un chat, peut-être juste le silence qui respire. La veilleuse dessine une petite flaque de lumière dorée sur le mur. Elle ressemble à un soleil tout petit, rien que pour Léo. Léo ferme les yeux une seconde. Il sent le poids de Feu Follet dans ses bras. Il sent sa fourrure douce, toute tiède. Feu Follet est là. Feu Follet est toujours là. Et ce soir, Léo ne sait pas encore ce qui l'attend. Quelque chose de magique. Quelque chose de doux. Quelque chose qui vient juste pour lui.
Puis la veilleuse s'éteint. Juste comme ça. Tout doucement. Pffft. La chambre devient sombre. Pas toute noire — non. Juste… grise. Comme un ciel de nuages. Léo ouvre les yeux. Il regarde autour de lui. Les formes sont là — l'armoire, la chaise, le petit tabouret. Mais elles ont l'air différentes. Elles ont l'air grandes. Elles ont l'air de drôles de silhouettes. Léo sent quelque chose dans son ventre. Pas une douleur. Juste un petit nœud. Comme une pelote de laine qui se serre tout seul. Ses petits doigts se crispent sur la fourrure de Feu Follet. Son souffle devient un tout petit peu plus rapide. Huf. Huf. Alors Léo chuchote : — Feu Follet ? Tu es là ? Et Feu Follet répond, avec sa voix douce comme du miel chaud : — Je suis là, Léo. Je suis toujours là. Juste contre toi. Léo serre un peu plus fort. Il regarde l'ombre de l'armoire. Elle lui semble si grande ce soir. — Feu Follet… les ombres, elles sont bizarres. Elles me font un peu peur. Feu Follet remue doucement sa queue touffue contre la main de Léo. C'est chaud. C'est doux. — Je sais, dit Feu Follet. Moi aussi, je les vois. Mais tu sais quoi, Léo ? Les ombres, ce sont juste des formes qui attendent. Elles attendent quelque chose de très beau. Léo plisse les yeux. Son petit cœur bat un peu vite. Mais la voix de Feu Follet est si douce. Si rassurante. — Qu'est-ce qu'elles attendent ? murmure Léo. Feu Follet fait une pause. Puis il dit, tout bas : — Elles attendent ta lumière à toi, Léo. Léo ne comprend pas encore. Mais le petit nœud dans son ventre… il se desserre, juste un tout petit peu.
— Ma lumière à moi ? dit Léo tout bas. Feu Follet se met à briller. Pas d'un coup. Non. Tout doucement. Comme une bougie qui s'allume lentement. Ses poils orange deviennent dorés. Puis ambrés. Puis lumineux, lumineux comme un coucher de soleil dans les bras de Léo. Léo le regarde. La bouche ouverte. Les yeux grands. — Oh… — C'est toi qui fais ça, dit Feu Follet doucement. C'est ta chaleur à toi. Quand tu me serres fort, quand tu m'aimes fort — tu m'illumines. Léo regarde ses mains. Ces petites mains qui tiennent Feu Follet. Ces petites mains qui font de la lumière sans même le savoir. Alors quelque chose se passe dans le corps de Léo. Son cœur bat plus doucement. Boum. Boum. Boum. Comme un tambour qui s'apaise. Une chaleur douce arrive dans son ventre. Elle monte. Elle se répand. Comme du chocolat chaud qui coule partout à l'intérieur. Ses épaules descendent. Toutes seules. Elles n'avaient pas besoin d'être si hautes. Et la lumière de Feu Follet grandit, grandit, grandit — et elle touche les murs. Et là — les ombres bougent. Mais elles ne font pas peur. Non. Elles se transforment. L'ombre de l'armoire devient une grande montagne douce. L'ombre de la chaise devient un arbre avec des branches gentilles. Et sur le plafond — oh ! — des petites étoiles. Des dizaines d'étoiles dorées qui dansent doucement. Léo rit. Un petit rire tout léger. — Feu Follet ! Les ombres sont devenues des étoiles ! — Oui, dit Feu Follet. Parce que toi, tu as choisi de voir la lumière. Léo regarde les étoiles sur son plafond. Elles bougent doucement. Elles tournent. Elles sont belles. Et dans son ventre, dans sa poitrine, dans ses bras, dans ses doigts — il n'y a plus de nœud. Il n'y a plus de peur. Il y a juste de la douceur. De la chaleur. De la lumière. Sa lumière à lui.
Les étoiles tournent tout doucement sur le plafond. Léo les regarde. Ses yeux vont de l'une à l'autre. Elles sont si belles. Si calmes. Feu Follet brille encore, doucement, dans ses bras. Comme une petite bougie orange qui dit : tout va bien. Tout va bien. Tout va bien. Léo s'allonge. Sa tête touche l'oreiller. L'oreiller est doux. L'oreiller est frais. C'est bon. Maintenant, le corps de Léo commence à se reposer. Ses petits pieds, d'abord. Les orteils. Les talons. Ils sont lourds. Lourds et chauds. Comme des petits cailloux ronds et doux au fond d'un nid. Ils s'endorment. Ils s'endorment tout à fait. Puis les mollets. Ils sont lourds, eux aussi. Lourds et tranquilles. Ils s'enfoncent dans le matelas tout moelleux. Puis les genoux. Les cuisses. Tout le bas du corps de Léo est lourd maintenant. Lourd comme un nuage plein de pluie douce. Et c'est bon. C'est très bon. Le ventre de Léo monte. Descend. Monte. Descend. Lentement. Lentement. Comme les vagues toutes petites d'un lac tranquille. Haaaah. Hmmm. Haaaah. Hmmm. Ses bras sont lourds. Ses bras sont doux. Ses bras sont comme deux grandes ailes de nuage posées sur le lit. Ses mains s'ouvrent. Les doigts se déroulent, un par un. Comme des pétales de fleur le matin. Ses épaules fondent. Fondent. Fondent dans le matelas. Elles n'ont plus besoin de tenir quoi que ce soit. Son cou se détend. Sa mâchoire se relâche. Ses joues sont toutes douces. Et ses paupières… ses paupières sont lourdes maintenant. Si lourdes. Si douces. Elles descendent. Elles descendent un peu. Elles remontent un tout petit peu. Et elles redescendent encore. Les étoiles sur le plafond deviennent floues. Elles dansent. Elles murmurent. Feu Follet est là. Chaud. Orange. Lumineux. Il veille. Et Léo… Léo sourit. Ses yeux se ferment tout seuls, tout doucement, comme deux petits soleils qui se couchent. Bonne nuit, Léo. Tu es en sécurité. Tu es aimé. Et cette nuit, tu vas rêver d'étoiles.
Le conte de Léo

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